Paria à Paris, DSK drague les chefs d’Etats africains

 

Six ans après l’affaire du Sofitel, Dominique Strauss-Kahn cherche à exercer ses activités de conseil en Afrique.

Depuis un an, l’ancien président du FMI multiplie les déplacements auprès de chefs d’Etats africains dans la perspective de devenir leur conseiller économique. Au début de février, Dominique Strauss-Kahn rencontrait pour la deuxième fois à Dakar Macky Sall, le président sénégalais. «De sa propre initiative», précise El Hadj Hamidou Kassé, le porte-parole de la présidence, en déplacement à Genève et à Paris pour une tournée de levée de fonds. Selon lui, DSK aurait proposé à Macky Sall de lui faire bénéficier de ses relations avec des investisseurs en Europe centrale.

Contrairement à ce qu’avancent certains sites d’information, Hamidou Kassé assure qu’aucun contrat n’a été signé à ce stade. A la différence de l’ex-président Abdoulaye Wade, qui avait pris ses distances avec la France, et dont le fils Karim avait ses entrées dans les pays du Golfe, Macky Sall s’aligne plus volontiers sur les intérêts français.

A deux ans de la prochaine présidentielle, son équipe multiplie les tentatives pour lever en urgence les fonds nécessaires à la réalisation de son ambitieux Programme Sénégal émergent (PSE), qui comprend la création d’un train express régional et d’un pôle économique et universitaire dans la périphérie de Dakar. «Economiste reconnu», «qualités indéniables», «excellent expert», les qualificatifs élogieux sur DSK ont convaincu une partie de l’élite sénégalaise que le Français serait profitable au développement du pays. Les visites de l’ancien patron du FMI à Dakar font suite à une année de prospection sur tout le continent africain. Selon les informations de La Lettre du Continent, il aurait d’abord démarché des chefs d’Etat en son nom propre, avant de s’associer à la banque d’affaires Arjil, dont le patron est son ami Wladimir Mollof.

Un gros carnet d’adresses

En mai 2016, DSK a soutenu la candidature d’Arjil auprès de la présidence tunisienne pour travailler sur le plan quinquennal de développement économique de la Tunisie, puis s’est rendu au Congo-Brazzaville en compagnie de Wladimir Mollof, sollicité par Denis Sassou Nguesso sur la question de la réforme de la dette.

Des contacts ont aussi été pris avec Patrice Talon, président du Bénin, et Faure Gnassingbé, président du Togo. Un ancien directeur du FMI qui conseille des pays bénéficiaires de la même institution? Curieux, non? «Il a le droit. Et bénéficie d’une forte aura, notamment auprès des administrateurs francophones de la région. Il a un gros carnet d’adresses avec l’Internationale socialiste et peut s’appuyer sur le réseau de personnes qu’il a connu du temps où il était directeur du FMI», souligne Gérard-Marie Henry, professeur d’économie à l’Université de Reims et auteur de plusieurs livres sur le FMI.

Au bureau régional du FMI à Dakar, on reste évasif: «Je sais qu’il est venu à Dakar mais nous ne nous sommes pas rencontrés», rapporte Boileau Loko, représentant de l’institution au Sénégal. Au siège, à Washington, on indique par courriel qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts: «Dans le cas de DSK, la période de réserve n’est pas pertinente», tout en précisant que les règles du Fonds obligent les anciens directeurs à protéger la confidentialité des informations et à ne pas en tirer profit pour tout autre intérêt que celui de l’institution.

Nafissatou Diallo à Dakar

Quant aux démêlés judiciaires dont il a fait l’objet dans les affaires du Sofitel et du Carlton, personne ne semble y voir un obstacle. La presse locale fantasme même sur des retrouvailles dakaroises avec Nafissatou Diallo. En effet, l’ancienne femme de chambre du Sofitel à New York qui a porté plainte pour viol contre DSK a investi dans l’immobilier dans la capitale sénégalaise avec l’argent négocié dans un accord aux termes confidentiels.

«C’est une affaire de mœurs du ressort de la vie privée. Nous sommes un pays en développement et l’on ne peut pas se permettre d’être regardant», estime un commentateur de la vie politique locale. Seules quelques universitaires ont émis un avis discordant. «Il cherche un job, alors il vient en Afrique. Mais on ne peut pas séparer le politique des mœurs. Ça me choque profondément», souligne la sociologue féministe Fatou Sow. «Et le pire, c’est que de nombreux hommes dans la région doivent être flattés de son offre.»

 

Tribune de Genève

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