Sénégal-Seydou Guèye, porte-parole de l’Apr: «Le Pds est réduit à un patrimoine familial, avec la télécommande à Versailles ou au Qatar…»

 

La sortie musclée des libéraux, lors de leur dernier Comité directeur, contre le régime, a suscité la réaction du porte-parole de l’Alliance pour la République (APR). Dans cet entretien, Seydou Guèye jette l’anathème sur le Parti démocratique sénégalais (PDS).  

Le Comité directeur du PDS n’a pas été tendre avec le régime du Président Macky Sall, qu’il soupçonne de vouloir frauder les élections, après avoir qualifié son bilan de catastrophique. Que répondez-vous ?

Pour moi, le dernier communiqué du PDS est truffé d’inepties, de contrevérités, d’insinuations calomnieuses et d’insultes à l’intelligence des Sénégalais. Donc, rien d’utile à notre vie publique pour mériter que l’on s’y attarde un tant soit peu. Cependant, c’est même  désespérant, d’entendre ceux qui ont ruiné notre pays, mis en péril  notre démocratie, porté le projet d’une dévolution dynastique du pouvoir, s’ériger en donneurs de leçon. Vous aurez également remarqué, que pour la première fois, le PDS évoque officiellement les mouvements «karimistes» dans son communiqué. Cela indique que les responsables du PDS n’ont rien appris, ni rien oublié. A mon sens, quand un parti politique qui a joué un éminent rôle dans l’histoire politique de notre nation est réduit à un patrimoine familial, avec la télécommande à Versailles ou au Qatar, on ne devrait pas s’étonner que les réponses qu’il apporte au débat public soient  paradoxales ou décalées par rapport à la réalité ou au simple bon sens. C’est ce qui explique la contradiction flagrante et affligeante, entre les propos de Me Abdoulaye Wade qui, après s’être inscrit sur le fichier électoral au Consulat général du Sénégal à Paris, a très positivement apprécié cette avancée démocratique, et les grotesques enfantillages du Comité directeur du PDS, qui  démentent leur chef. C’est comme si  le PDS avait perdu la tête, même s’il compte la retrouver avec Me Wade  à la tête de leurs listes pour les  élections législatives du 30 juillet 2017.

Justement, l’opposition évoque la perspective de listes uniques, et le nom de l’ancien Président Wade est avancé comme tête de liste. Est-ce-que cela vous fait peur avec leur objectif de vous imposer la cohabitation ?

Non. Il n’y a véritablement aucune raison objective d’avoir peur. Par contre, cela peut être très inquiétant, au regard de l’importance d’une opposition de qualité pour faire face ensemble à nos défis démocratiques. Lorsque l’on entend  l’opposition miser sur Me Wade, comme on attendrait le retour de l’enfant prodigue, il y a de quoi désespérer de notre opposition et se demander si ce n’est pas une blague de mauvais goût. S’engager dans l’avenir avec les errements et dérives d’un passé récent et  douloureux, un tel état d’esprit n’est absolument pas rassurant. De mon point de vue, Me Wade ne plus être porteur d’un quelconque avenir pour notre pays. Me Wade tête de liste, ne les mettra pas en tête aux résultats. Pour l’unité de l’opposition, à travers la liste unique, il leur appartient de relever le défi. Je n’ai absolument rien à dire là-dessus, même si ce ne sera pas simple du tout, avec le prévisible choc des ambitions et les inévitables alliances impossibles. Maintenant, pour ce qui est de la cohabitation, pour exaltante que puisse être l’idée pour l’opposition, je pense qu’elle ne peut pas avoir cours dans notre pays, car c’est le président de la République qui définit la politique de la nation. C’est ce que dit notre Constitution. Et politiquement, «Benno  Bokk Yakaar» travaille pour consolider et élargir sa majorité, tant dans le pays et sa diaspora, qu’à l’Assemblée nationale. Un tel objectif est naturellement à sa portée. 

Mais, cela semble mal parti avec les maires Aliou Sall et Abdoulaye Thimbo qui ont décidé de ne plus figurer sur les listes de candidats…

C’est une décision à saluer qui, je crois, aura l’avantage de consolider la confiance et la sérénité dans l’espace public. Aliou Sall et Abdoulaye Thimbo sont deux responsables de l’Alliance pour la République, élus par les citoyens sénégalais de leurs localités, et Aliou Sall est peut-être même entré en politique  bien avant le président de la République. Malgré tout, c’est comme si une certaine frange de l’opposition  leur refusait le droit de s’engager en politique, ou même d’avoir les mêmes droits que tout autre citoyen. Ils en ont pris acte et avec courage ils ont pris une décision utile et historique, qui devrait battre en brèche toutes les supputations mensongères. C’est une position patriotique qu’il convient de soutenir et de saluer comme il se doit. Je pense que, dans notre pays, on aime jouer à faire peur à nos concitoyens, quitte à raconter des contrevérités. Nous savons tous que l’épouvantail ou la tentation de la dévolution dynastique ont été clairement et avec détermination repoussées définitivement le 23 juin 2011 par le peuple sénégalais. Le Président Macky Sall, pour ce que nous savons de ces convictions profondes, est loin d’une telle préoccupation, qui ne fait pas partie de son référentiel républicain. Le Président Sall est un fils de la République, de l’école publique et farouche militant de la société des égaux en droits et en dignité. L’Alliance pour la République a, quant à elle, pour marqueur de son identité, la défense de la République sans concession. Avec lui et l’APR à ses côtes, les Sénégalais peuvent rester confiants.

Le Sénégal a perdu la présidence de la Commission de l’UEMOA qui est revenue au Niger. Quelle est l’appréciation que vous en faites ?

Non. Le Sénégal aurait pu définitivement perdre la présidence de l’UEMOA, si le Président Macky Sall n’avait pas fait preuve de sagesse, de lucidité et de pragmatisme que tous ses pairs ont salué. C’est avec l’ancien régime que notre pays avait quitté la présidence de la Commission sur la base d’un malencontreux accord signé par le Sénégal. Le Président Sall a remis en cause cet accord pour préserver les intérêts de notre pays, qui retrouvera sa position en 2021. Donc, tout est sauf et préservé,  au moyen d’un compromis sur une période transitoire qu’il est facile de comprendre comme une sorte de prix à payer. Par conséquent, c’est tout le contraire d’un recul de notre position.

(VOXPOPULI)

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