Serigne Fallou Mbacké, secrétaire général de la fédération Pds de Touba: «Un parti ne se gère pas depuis l’étranger, Wade appartient au passé»

 

Le Secrétaire général de la fédération PDS de Touba brise le silence. Dans l’entretien exclusif qu’il a accordé à «Vox populi», Serigne Fallou Mbacké se démarque de la candidature de Me Wade aux Législatives. Le président du Conseil départemental de Mbacké - qui a lancé la coalition «And Suxali Senegaal» pour lesdites joutes - dément également être de connivence avec Macky Sall. 

Vous avez mis en place, samedi dernier, la coalition «And Suxali Senegaal». Pourquoi ce choix au détriment de votre parti d’origine ?

Permettez-moi de rendre, d’abord, grâce à Dieu, et de remercier les populations du département de Mbacké qui se sont mobilisées derrière moi pour la réussite du lancement de notre coalition en vue des Législatives. J’ai choisi «And Suxali Senegaal» pour proposer à mes compatriotes une alternative à ce régime. Dans un premier temps, c’est une coalition électorale qui va porter ma candidature et celle de ceux qui m’accompagnent dans mon combat pour aller aux Législatives avec comme objectif une majorité à l’Assemblée nationale et imposer une cohabitation au Président Macky Sall. Dans notre programme, nous avons comme objectif une Assemblée de rupture dans lequel les députés ne seront plus les otages des partis politiques en passant tout leur temps à applaudir. 

Peut-on connaitre les partis qui composent déjà cette coalition ?

C’est une coalition d’hommes et de femmes qui ont tous la volonté d’apporter un changement dans ce pays. Bien sûr, il y a des partis politiques, parce que ma famille naturelle, le PDS, en fait partie, les déçus de l’APR, plus des membres de la société civile. Elle présentera des listes dans les 45 départements du Sénégal. Et au niveau national, je serai tête de liste de la coalition, parce que j’ai déjà été choisi et investi lors du lancement. Mais, il y aura un grand meeting national d’investiture pour valider tout cela. Une tournée internationale est aussi prévue en Afrique et en Europe, parce que la coalition sera en compétition dans la diaspora.

«And Suxali Sénégal», peut-elle se transformer, demain, en parti politique, et affronter Macky Sall en 2019 ?

Mon ambition, d’abord, c’est les Législatives, parce que nous avons un objectif clair, c’est de remporter cette élection. Après cela, la coalition va évaluer et analyser les perspectives. Elle sera seule habilitée à nous donner la conduite à tenir. Mais, je veux aussi que les Sénégalais sachent que j’ai des ambitions pour mon pays. J’ai les compétences requises pour le diriger, pour être Premier ministre, président de l’Assemblée nationale. Tout dépendra du contexte politique de 2019 et la lecture politique qu’on en fera.

En créant «And Suxali Senegaal», est-ce que vous ne confirmez pas votre auto-exclusion du PDS ?

On ne peut pas s’auto-exclure d’un parti. Le parti a un règlement intérieur qui fixe les conditions d’une exclusion et je pense que, pour ce qui me concerne, elles ne sont pas réunies. Ensuite, je rappelle qu’en 2007, Modou Diagne Fada, qui s’est senti marginalisé, est sorti un moment pour aller aux Législatives, comme j’envisage de le faire, avant de revenir pour soutenir le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade. A l’époque, on ne l’avait pas exclu du parti. D’ailleurs, c’est lui-même qui l’a dit. Wade l’avait soutenu financièrement. Je ne pense même pas à une exclusion. Je suis toujours ancré dans le PDS. Et je revendique l’héritage de ce parti. Mon grand-père fait partie des actionnaires  majoritaires du PDS. Vous connaissez l’histoire que Me Wade, notre Secrétaire national, a toujours le plaisir de rappeler. Personne n’est plus légitime que moi pour diriger ce parti et succéder à Wade.

Concrètement, qu’est-ce que vous reprochez à Me Abdoulaye Wade et au PDS ?

Beaucoup de choses. Je considère que Touba, en tant que bastion du parti, n’a jamais été pris en compte dans les décisions politiques. Notre poids électoral servait toujours à élire d’autres personnes et soigner l’image de Wade au sein de la communauté mouride. Et pourtant, Touba s’est toujours mobilisé pour les grandes batailles que Wade a engagées dans ce pays. Ensuite, le parti fonctionne comme s’il était toujours au pouvoir. Un parti ne se gère pas depuis l’étranger. Les décisions ne sont pas concertées, il y a un problème de démocratie interne, un problème de leadership et de légitimité de certains responsables. Les défaites successives ne sont pas évaluées, les départs et les dissidences ne sont pas analysés. Un parti ne fonctionne pas avec deux ou trois personnes. Le PDS devait, aujourd’hui, être la locomotive de l’opposition et non la dernière voiture du train de l’opposition. Et le socle sur lequel je me bats, aujourd’hui, est celui de l’instauration de la démocratie interne, du retour de la légitimité de certains responsables. Les observations de la base et des responsables des fédérations ne sont pas prises en compte. Ici, à Touba, par exemple, aucun responsable n’a été pris en compte dans la liste nationale du PDS lors de la dernière législature, malgré les suffrages que nous apportons. Tout le monde sait, aujourd’hui, que  le parti est obsolète dans son mode de fonctionnement. Il doit être restructuré, refondé, afin qu’il reparte sur de nouvelles bases.

Partagez-vous l’idée agitée d’une candidature de Me Wade comme tête de liste de l’opposition aux Législatives ?

Non, je ne la partage pas. Abdoulaye Wade est un grand homme politique africain qui a loyalement servi son pays. Il a beaucoup fait pour le Sénégal, personne ne peut l’occulter. Mais, aujourd’hui, il appartient au passé. Me Wade n’a plus d’ambition pour ce pays. Parlez de sa candidature à des Législatives, alors qu’il a occupé les plus hautes fonctions dans ce pays, c’est manquer de considération à ses héritiers. C’est le problème que j’évoquais tout à l’heure. Aujourd’hui, il a besoin d’un repos bien mérité. Wade ne plus rien nous apporter, si ce ne sont des conseils et des orientations pour la bonne marche du parti et de ce pays qu’il a construit. Abdoulaye Wade est un homme intéressant, il faut savoir décrypter ses messages. Parfois, il agite une idée pour amuser un peu la galerie, mais je ne crois pas à cette candidature.

Pensez-vous que l’opposition pourra présenter une liste unique dans ce contexte de division au PDS et dans d’autres formations ?

Une liste unique de l’opposition est possible. C’est la voie la plus rapide pour imposer une cohabitation au régime en place. Et je précise que «And Suxali Senegaal» est de l’opposition, parce que je me bats contre le régime de Macky Sall qui a fini de mettre ce pays à genoux. Je suis même prêt à rejoindre cette liste, si nos objectifs d’apporter une alternative à ce régime sont sincères et réalistes. Donc, je suis pour une liste unique, mais je sais que c’est le maillon faible de l’opposition Sénégalaise. Elle aura du mal à s’entendre.

Vos détracteurs du PDS vous prêtent des intentions de soutenir Macky Sall qui vous financerait. Peut-on s’attendre à un soutien de Serigne Fallou au chef de l’Etat, s’il vous tend la main ?

Je l’ai dit et je le répète, je ne travaille pas pour Macky Sall. Ce sont des propos d’adversaires qui sont vraiment regrettables et très mal fondés. Retenez une bonne fois pour toutes que la coalition est de l’opposition et j’ai des ambitions d’aller aux Législatives sous ma propre bannière. Maintenant, on ne dit jamais en politique. Les alliances se nouent et se dénouent, selon les circonstances et les contextes. C’est ça la politique. Si demain, la situation et l’intérêt du Sénégal nécessitent une alliance avec Macky Sall, je prendrais mes responsabilités pour m’engager. Mais, dans le contexte politique et socioéconomique actuel, le seul homme à abattre, c’est Macky Sall.

Pour terminer, quelle lecture faites-vous de la situation socioéconomique du pays ?

Je voudrais, d’abord, avant de parler de situation économique, m’incliner devant la mémoire des victimes des nombreux incendies et d’accidents, notamment celui du «Dakaa» qui a fait une trentaine de morts. Je prie pour le repos de leurs âmes. Je demande au gouvernement de redoubler de vigilance et d’efforts  pour sécuriser les lieux de grands rassemblements comme les «Magal», «Gamou» et autres. Pour la situation du pays, on n’a pas besoin de chercher de midi à 14 heures. Les Sénégalais se lamentent à longueur de journée, parce qu’ils sont fatigués. Partout, la pauvreté s’accroit, l’insécurité est permanente. Les jeunes sont au chômage. Les femmes n’ont pas de financements, surtout à Touba. L’Etat se vante d’un taux de croissance de 6,7%, alors que cela ne se reflète pas dans le panier de la ménagère. Beaucoup de promesses n’ont pas été respectées sur le plan économique, social, et même culturel. Vous avez vu les problèmes dans le domaine de la santé, de l‘éducation, pour ne citer que ceux-là. Si ces cas ne sont pas réglés, l’émergence tant souhaitée ne sera pas possible avec le régime de Macky Sall. 

(VOXPOPULI)

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