Yoro Ba, conseiller spécial à la présidence, sur les législatives: «Il faudra que ‘BBY’ opère un choix judicieux pour la tête de la liste»

 

Conseiller spécial à la Présidence, Yoro Ba - qui dirige désormais la Nouvelle Alliance des Forces Républicaines (NAFORE), après avoir tourné la page du «Jëf-Jël» - ne doute point de la victoire de «Benno Bokk Yakaar» (BBY) aux Législatives. Mais, le sociologue de formation plaide pour un «choix judicieux» pour la tète de liste.  

Que s’est-il passé à l’Alliance «Jëf-Jël»?

Il faut le dire sans ambages, le «Jëf-Jël», à l’instar de la plupart des partis politiques de ce pays, connait depuis 2012 une crise, dont il faut bien en comprendre la logique et le cours. C’est par un mail en date du 20 janvier 2011 que le président Talla Sylla m’informait de sa décision de démissionner de la présidence du parti, précisant «espérer que les conséquences de droit seront tirés dans les meilleurs délais», sans pour autant nous remettre le récépissé du parti. Un Bureau politique, organe délibérant entre deux Conseils nationaux du parti, me porta à la présidence du «Jëf-Jël» le 27 janvier 2011, comme le prévoient les statuts du parti, issus des modifications validées par le 5e Congrès. Je rappelle que ma désignation comme Vice-président avait été décidée devant ce 5e congrès qui l’avait plébiscité, lui conférant ainsi une légitimité indiscutable.

La crise est née, parce qu’en tant que président, et en rapport avec la BP, j’avais appelé les militants, dès le lendemain de la proclamation des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, à voter massivement en faveur du candidat Macky Sall. Ce qui, à l’époque, n’avait pas rencontré l’assentiment du président Talla Sylla. Un Conseil national fut organisé dans la foulée en mon absence et qui confirma la décision du BP de me désigner président du parti, et lors duquel il était ressorti que le «Jëf-Jël» restait dans la coalition «Benno Bok Yakaar».

Et après cet épisode ?

La perspective des élections législatives de 2012 avait installé nos militants dans une grande incertitude. Soucieux de la légalité et de l’esprit républicain, le BP m’avait enjoint de saisir le ministre de l’Intérieur de l’époque afin de l’inciter, avec ses services, à procéder à la restitution du récépissé du parti.

Quelle ne fut notre surprise, plusieurs années après, de nous entendre dire par l’administration, qu’en réalité, Talla Sylla n’avait jamais démissionné ! Pour l'administration, un mail, un communiqué ou des déclarations ne pouvaient tenir lieu de démission, et que seule une lettre signée du président Talla Sylla le pouvait. Ce que nous n’avons pas pu obtenir.

Pourquoi n’avez-vous pas saisi la justice  

Nous avons préféré chercher et trouver des fissures dans l’infortune. Autrement dit, avec quelques amis, nous avons travaillé à la création d’un vaste mouvement politique, une Alliance qui agrège partis politiques, simples citoyens, membres de la société civile, mouvements politiques, et qui ont en commun un seul désir : être utiles au pays. Son nom : Nouvelle Alliance des Forces Républicaines (NAFORE).

Comment appréhendez-vous les Législatives du 30 juillet prochain ?

Nous n’avons aucun doute que, si au sein de notre coalition «BBY», on procède à une responsabilisation de tous les leaders et cadres compétents du groupe, dans un esprit d’utilisation optimale des compétences, de renforcement de l’unité et de mobilisation de tous les acteurs, comme nous le recommande le Président Macky Sall, nous assisterons à une victoire éclatante de l’actuelle majorité au soir du 30 juillet 2017.

Cela dit, il y aura des obstacles naturellement, et parmi ceux-ci, la volatilité électorale. En effet, il existe des électeurs qui ne se sentent pas prisonniers d’un parti, mais choisissent leurs candidats en fonction des avantages qu’ils peuvent leur procurer. La réponse à ce type d’électeur, c’est l’excellent bilan du Président Macky Sall, au regard du référentiel que constitue le PSE. En effet, dans ses trois déclinaisons, à savoir : La transformation structurelle de l’économie, le Capital humain, la Gouvernance et les Institutions,  les progrès sont indéniables et ont fini d'installer durablement notre pays sur les sentiers de la croissance. Si nous parvenons à créer du lien social, c'est-à-dire, si nous réussissons à mettre en place une stratégie de communication à même de mettre en exergue les réalisations évidentes du gouvernement de la majorité, la victoire sera à notre portée. Vous savez, bien souvent, c'est une mauvaise circulation des informations et/ou une mauvaise restitution qui entrainent conflits et rejets. Il faudra simplement que l’ambition qui gouverne le PSE irrigue et encadre notre quête de l’électorat.

Le débat fait rage au sein de la mouvance présidentielle par rapport au choix de la tête de liste de «Benno Bokk Yakaar» aux Législatives. Quel est votre point de vue sur cette question?

Mon point de vue est qu’il nous faudra opérer un choix judicieux pour la tête de la liste. Des discussions ont lieu en ce moment dans une grande sérénité au sein de «BBY» et je m’en voudrai de déflorer, dans le cadre de cet entretien, le contenu de ces échanges. Mais, retenez que, comme de coutume, la coalition dressera des listes gagnantes. Vous voyez bien que «BBY», depuis 5 ans maintenant, année après année, sous la direction lucide du Président Macky Sall, a professé son credo primordial - le gagner ensemble, gouverner ensemble - et forgé les outils d’une démarche de victoire à toutes les élections. Bien entendu, ces victoires n’ont pu être possibles qu’au prix d’une unité agissante. Les questions de préséance ne pourront pas altérer la qualité relationnelle des rapports entre les différents leaders. S’y ajoute que le leadership naturel du Président Macky Sall, ainsi que son autorité acceptée, permettront de dépasser, le cas échéant, ces questions de préséance.

Certaines franges du pôle présidentiel menacent de présenter des listes parallèles. Vous en dites quoi?

Vous savez, avant, pendant et après chaque échéance électorale, des secousses - parfois telluriques - sont notées au sein des formations politiques ou des coalitions. Mais, je ne désespère pas de voir les camarades qui brandissent ces menaces revenir à de meilleurs sentiments. De façon plus décisive, je considère que toutes les formations de la majorité peuvent et doivent contribuer à la définition des orientations et stratégies de la coalition et s’investir qualitativement dans le fonctionnement des instances de décisions et des organes d’exécution. Tenez par exemple, aux dernières élections législatives de 2012, j’ai personnellement effectué toute la campagne électorale en compagnie du président Moustapha Niasse, dans son propre véhicule, alors qu’il n’y avait aucun représentant du Jëf-Jël, ni comme candidat titulaire ni comme suppléant.

Ne craignez-vous pas que l'opposition impose une cohabitation à Macky Sall, au sortir de ces joutes?

Impossible à mon humble avis. J’ai remarqué que, par une stratégie de communication en apparence bien pensée, l’opposition cherche à asseoir dans le subconscient des électeurs cette possibilité. Mais, les multiples réalisations aux plans économique, agricole, énergétique, diplomatique, social, éducatif, sanitaire, culturel, sportif, infrastructurel, sont suffisamment éloquentes pour emporter la conviction de la majorité des électeurs. De plus, le nombre de députés à élire au scrutin majoritaire est fixé à 105, dont 15 dédiés à la diaspora sur les 49 départements en comptant ceux de l’extérieur. Très objectivement, je ne vois pas comment l’opposition, même unie, pourra en gagner 5. Maintenant, il faut le dire : des départements comme Dakar, Mbacké, Thiès, Ziguinchor ne sont pas gagnés d’avance. Toutefois, si tous les acteurs impliqués dans la communication de la majorité présidentielle réussissent à valoriser et à diffuser les informations relatives aux projets et réalisations aux plans économique et social, sous l’impulsion du Président Macky Sall, ainsi que ses performances économiques, le risque est grand de se retrouver avec une Assemblée nationale sans opposition. Ce qui serait dommage.   

(VOXPOPULI)

 

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