Loyer-Dakar: Le nouveau subterfuge juridictionnel des bailleurs

 

Il fallait s'y attendre. L'esprit de la loi du 22 janvier 2014 portant baisse des loyers, est coincé entre les murs. Aujourd'hui, les bailleurs usent et abusent de la procédure de congé pour reprise personnelle ou démolition-reconstruction pour déloger des locataires. Et pire, ils ont inventé un nouveau subterfuge, ils commettent un expert pour corriger la surface corrigée.

La tendance observée l’année dernière s’est amplifiée. Les bailleurs usent et abusent de la procédure de congé pour reprise personnelle ou démolition-reconstruction dans le seul but de procéder à l’expulsion. Sans compter les procédures pour défaut de paiement de loyer.

Pourtant, dans le communiqué du Conseil des ministres du mercredi 11 janvier 2017, abordant «le suivi dynamique» de la politique de baisse des loyers, le Chef de l’Etat avait invité le Premier ministre à lui faire parvenir un rapport exhaustif sur les effets économiques et sociaux de cette mesure de haute portée sociétale, et à relancer les travaux de la Commission ad hoc sur le suivi des loyers. 

C'est parce que sur le terrain, la polémique enfle, bailleurs et locataires se déchirent. Si certains bailleurs qui ne comptent pas appliquer la loi, sont prêts à se saborder, autrement dit, préfèrent ne plus mettre leurs maisons en location, d'autres ont trouvé une autre alternative. Et pas de la moindre taille ! En fait, il s’avère qu’il y a des bailleurs qui commettent des experts pour «corriger la surface corrigée avec une décision de justice».

«On payait 73.000 francs, il veut augmenter le prix à 123.000 francs»

La maison de Alé Seck, opérateur économique, se trouve à la SODIDA, dans une zone industrielle. L'immeuble est composé de plus de 40 appartements. Mais dans cette maison, c'est toujours un jeu de chat et de souris entre le propriétaire et les locataires. 

«Au début, on payait 73.000 francs CFA. Maintenant il veut augmenter le prix à 123.000 francs CFA, soi-disant qu’on a appliqué la surface corrigée au tribunal. Une décision qu’il nous a notifié le week-end dernier et qui doit entrer en vigueur à partir du 1er mai», nous a soufflé un locataire de cet immeuble.

Cette fameuse décision est confinée dans une lettre adressée à chaque locataire par l'Agence immobilière Kawsara qui gère l'immeuble. Dans cette lettre en date du 15 avril 2017, il est dit ceci : «Nous vous informons que nous venons de faire la situation de votre loyer. Il en ressort que votre loyer est resté inchangé depuis plus de trois ans, bien avant la loi portant sur la baisse des loyers. Nous proposons de revaloriser le montant qui passe de 73.250 francs CFA à 123.000 francs CFA, en tenant compte de la surface corrigée du cabinet Pape Allé Ndiaye, homologuée par le tribunal. Cette revalorisation prend effet, à partir du 1er mai. Un contrat avenant est disponible à la Direction, lequel vous voudriez bien passer signer».

Une lettre de revalorisation adressée aux locataires

Il se trouve que certains bailleurs veulent reprendre leurs maisons pour aller vers la surface corrigée, croyant qu’ils pourront avoir ce qu’ils ont perdu. «Au début, il avait refusé la baisse. Il a fallu que les locataires forment un collectif et commettent un avocat pour l’amener à baisser le prix du loyer.  Trois ans après, il a trouvé un subterfuge en commettant un expert pour parler de surface corrigée», a dénoncé un autre locataire de cet immeuble sise à la SODIDA.

Quoi qu'il en soit, la tension est toujours vive. A Dakar, il est encore difficile de se loger et des tensions sont fréquemment notées entre bailleurs et locataires. Si certains bailleurs ont respecté les tarifs, d'autres passent entre les mailles du filet de la réduction. Et Pire, les nouvelles constructions sont intouchables, elles ne respectent rien du tout.

(VOXPOPULI)

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